Le deuil fait partie de la vie des familles

Le deuil fait partie de la vie des familles – et pourtant, il est rarement abordé dans la formation des parents. La manière dont les parents gèrent la perte et la séparation influence la façon dont les enfants apprennent à comprendre et à surmonter leurs propres émotions. Le théologien et accompagnateur de deuil Peter Wolfgang Ochsner s'est penché, il y a déjà une vingtaine d'années, sur le rôle que le deuil devrait jouer dans la formation des parents. Ses réflexions restent d'actualité et montrent pourquoi ce sujet sensible doit faire l'objet d'une réflexion professionnelle et d'une approche consciente.

 

Le deuil fait partie de la vie familiale
Le deuil appartient à la vie des familles et, par conséquent, à la formation des parents. Pourtant, il est peu abordé de manière active. Toutes les familles vivent des séparations, des pertes ou des changements profonds, mais dans le quotidien de la formation des parents, ces thèmes trouvent souvent peu de place. Pourtant, y faire face est une compétence parentale centrale : les enfants apprennent par l'exemple comment les émotions peuvent être exprimées, endurées et intégrées à la vie.

L'objectif n'est pas de « surmonter courageusement » l'épreuve, mais d'offrir une orientation par une expression appropriée de la douleur. Lorsque les parents sont autorisés à mettre des mots sur leurs sentiments, les enfants apprennent que le deuil fait partie de la vie – et qu'il est possible de le traverser.

 

Sortir du « courage » acquis
De nombreux adultes ont appris à contrôler ou à refouler leurs émotions. Un thème central de la formation des parents est donc de développer des pistes pour sortir de ce « courage » souvent acquis face au deuil. La formation des parents peut ouvrir des espaces où de nouvelles formes d'expression peuvent être expérimentées – avec prudence, respect et au rythme de chacun.

Le deuil peut être découvert, nommé et vécu. Les parents peuvent être encouragés à explorer différentes voies : parler, se taire, se souvenir, créer, développer des rituels ou rechercher la communauté. Il n'y a pas de « bon » ou de « mauvais » chemin – l'essentiel est que le deuil puisse trouver une expression.

 

Pression sociale : surmonter le deuil rapidement
Beaucoup de parents subissent une pression implicite pour surmonter rapidement leur peine. Des phrases comme « Tu dois regarder devant toi » ou « Sois fort pour les enfants » suggèrent que le deuil doit être limité et contrôlé. Les enfants reçoivent alors souvent des messages contradictoires : d'un côté, ils ont le droit d'être tristes, de l'autre, ils sentent que leur tristesse est difficile à supporter pour les adultes.

Dans notre société, l'impulsion de mettre fin à la souffrance le plus vite possible est très répandue. Celui qui est en deuil est souvent confronté à des conseils bien intentionnés, à des distractions ou à des solutions prématurées. Derrière cela se cache aussi le besoin de ne pas avoir à supporter sa propre impuissance. Les personnes endeuillées nous rappellent la vulnérabilité de la vie – une réalité que beaucoup préfèrent éviter.

La formation des parents peut aider à prendre conscience de cette dynamique : toute souffrance ne peut pas être « réparée ». Parfois, le soutien consiste simplement à endurer le deuil, à rester présent et à ne pas proposer de solutions rapides.

 

Quand les enfants sont en deuil : adaptation plutôt qu'expression
Les enfants en deuil sont souvent perçus comme particulièrement « sages » ou « matures ». Ils assument des responsabilités, essaient de soulager leurs parents et s'adaptent. Ce sont précisément ces efforts d'adaptation qui peuvent masquer l'ampleur de leur détresse.

Le deuil modifie l'ensemble du système familial. Les rôles glissent, les responsabilités sont redistribuées et les enfants assument parfois des tâches qui les dépassent. Certains tentent de décharger leurs parents endeuillés en fonctionnant particulièrement bien ou en mettant de côté leurs propres besoins. La formation des parents peut aider à reconnaître et à thématiser ces dynamiques. Les enfants ont besoin de l'autorisation de rester des enfants – même en période de perte.

 

Les pertes ont plusieurs visages
Le deuil ne naît pas seulement suite à un décès. D'autres expériences peuvent profondément ébranler les familles :

  • Séparation ou divorce
  • Perte de la patrie ou de l'environnement social
  • Maladie ou handicaps durables
  • Projets de vie non réalisés

Ces pertes restent souvent invisibles, mais ont un impact à long terme. La formation des parents peut aider à reconnaître ces formes de deuil et à trouver les mots pour les dire.

 

Défis pour les formatrices et les formateurs de parents
Le thème du deuil exige une posture particulièrement soignée. Les intervenant:e:s évoluent dans une zone de tension :

  • Donner de l'espace sans submerger
  • Offrir une orientation sans être directif
  • Transmettre de la théorie sans dévaluer l'expérience vécue

Le travail de formation des parents touche souvent à des sujets profondément personnels et émotionnels. Dans le cas du deuil, des souvenirs, d'anciennes blessures ou des questions existentielles peuvent resurgir. Il est d'autant plus important que les formatrices et les formateurs offrent un cadre sécurisant. Elles et ils accompagnent les processus sans les diriger et veillent à ce que les participant:e:s ne se sentent pas dépassés.

Il s'agit également de ne pas instrumentaliser le deuil. Le deuil ne doit être ni utilisé à des fins pédagogiques, ni mis au service d'une dramatisation. Il exige respect, retenue et une posture professionnelle claire. Enfin, l'autoréflexion est centrale : les propres expériences de deuil influencent la posture et peuvent – consciemment ou non – s'immiscer dans le travail. Les professionnel:le:s ont donc besoin d'espaces de supervision et de réflexion.

 

La théorie comme soutien – non comme substitut à l'expérience
Les participant:e:s apprécient les modèles fondés et la littérature qui aident à situer le deuil. La théorie peut apporter une sécurité et une orientation. En même temps, elle ne doit pas occulter ou relativiser l'expérience personnelle. La formation des parents se situe ici à l'intersection entre le savoir et le vécu.

 

Fortifier les parents – donner des repères aux enfants
Les enfants ont besoin de modèles dans la gestion du deuil. Les parents sont souvent tiraillés : ils veulent offrir de la stabilité à leurs enfants tout en vivant leur propre peine. Cette coexistence n'est pas une contradiction, mais une expérience d'apprentissage cruciale pour l'enfant. Lorsque les adultes montrent que la douleur fait partie de la vie et peut néanmoins être portée, cela crée des repères.

Ce n'est pas la perfection, mais l'authenticité qui fait des parents des modèles.

Là où les parents peuvent vivre leur deuil de manière libératrice, les enfants trouvent orientation et sécurité.

 

 

 

Cet article a été initialement publié dans la Revue suisse spécialisée pour la formation des parents, numéro 2/02, éditée par la Fédération suisse pour la Formation des Parents (aujourd'hui Formation des Parents CH).

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